L’actionnariat populaire

Les socios dans le monde

Quand on évoque les socios, on pense tout de suite à l’Espagne, au fameux Barça et à ses plus de 180 000 socios. De l’autre côté des Pyrénées, ils constituent en effet une véritable force pour les clubs dont ils possèdent chacun une partie. Ils ont une influence directe sur la stratégie sportive de leur club puisqu’ils élisent le président. On pourrait aussi évoquer d’autres clubs où le mouvement « socios » est une institution, comme le Benfica de Lisbonne au Portugal qui détient le record du monde du nombre de socios (plus de 200 000 !), San Lorenzo en Argentine…

Aujourd’hui, cette volonté des supporters de prendre une part active à la vie de leur club se diffuse dans toute l’Europe, portant en germe l’idée d’actionnariat populaire. Mais il n’existe pas un modèle « socios » prédéfini qui soit applicable « clé en main » partout en Europe. C’est localement que se dessinent les contours de l’actionnariat populaire, et c’est sans doute là ce qui en fait le charme. Il appartient aux supporters de chaque club de définir une stratégie idoine et de créer un terrain favorable à la naissance d’un tel projet.

En France, une idée déjà ancienne… et porteuse d’avenir

En France, l’idée consistant à associer les supporters à la marche des clubs n’est pas nouvelle et a connu son heure de gloire dans les années 1960 et 1970. On l’appelait alors l’adhésion. Sur ce sujet, l’AS Nancy-Lorraine occupait une place de choix. Grâce à la volonté de son fondateur Claude CUNY, qui souhaitait que le club soit celui de tous, l’ASNL développa dès sa création une ambitieuse campagne d’adhésion, intitulée « Opération bleu-jaune-rouge », du nom des couleurs correspondant aux trois niveaux d’adhésion : membre fondateur, membre actif et membre supporteur. Les premières années, le nombre d’adhérents ne cessa de croître, atteignant le nombre impressionnant de 7 000 lors de la saison 1971-1972.

Dans ce dispositif, l’adhésion était distincte de l’abonnement. Adhérer, c’était certes profiter de certains avantages les jours de match (place de parking…), mais c’était surtout l’assurance de pouvoir participer à l’Assemblée générale annuelle du club et à toutes les AG extraordinaires, de pouvoir y poser toutes les questions sur l’évolution financière et sportive du club et d’être assuré de recevoir une réponse des dirigeants. Conformément au vœu de Claude CUNY, l’ASNL était devenu un « club de verre », où la transparence était de rigueur.

Mais la démocratie ne s’use que lorsque l’on ne s’en sert pas. Et à Nancy, l’indifférence gagna peu à peu du terrain. Le nombre d’adhérents décrut lentement mais sûrement, et au milieu des années 1990, il ne se comptait plus en milliers depuis déjà longtemps. Quant aux assemblées générales, elles se déroulaient désormais devant un public clairsemé et vieillissant.

L’évolution économique du football vint d’ailleurs sonner le glas de ce modèle vieillissant que les dirigeants de club n’avaient pas su réinventer. L’heure était à la transformation des clubs professionnels en sociétés anonymes, de façon à les affranchir de leur dépendance à l’égard des collectivités locales. L’ASNL se transforma en Société anonyme à objet sportif (SAOS) puis en Société anonyme sportive professionnelle (SASP).

Il appartient désormais aux supporters de réinventer un modèle de participation adaptée à cette nouvelle donne. Partout en Europe, des initiatives sont prises en ce sens.

Un contexte favorable

            L’UEFA et Supporters Direct

Cette aspiration des supporters européens à vouloir être reconnus comme des acteurs à part entière de leur club n’a d’ailleurs pas échappé aux instances européennes du football. L’UEFA a ainsi la volonté de donner une place aux supporters au sein même des clubs professionnels, non pas en tant que simples acheteurs de places au stade, mais en tant que partie prenante de la vie de leur club.

Michel PLATINI, dans son programme électoral, L’avenir de l’UEFA, insiste sur ce point : « Reconnaissons les supporters comme un élément essentiel de l’identité des clubs. »

Allant plus loin dans cette réflexion, l’UEFA, dans un document stratégique, avance même : « Dans un monde idéal, tous les clubs seraient régis et structurés légalement de manière à donner la priorité aux objectifs sportifs sur les objectifs financiers et autres. De plus, tous les clubs seraient contrôlés et gérés par leurs membres – par exemple les supporters – selon des principes démocratiques. »

Fidèle à cette ligne de conduite, l’UEFA finance depuis 2007 la fondation « Supporters Direct » créée au Royaume-Uni en 2000. Son action porte sur la promotion d’une gestion durable des clubs de football professionnels, au travers de l’implication des supporters et de l’actionnariat populaire. Cette fondation représente aujourd’hui plus de 200 organisations au Royaume-Uni, soit un total de 270 000 membres, et une quarantaine d’organisations en Europe regroupant 90 000 membres dans une vingtaine de pays. En France, pour le moment, seule l’association « À la nantaise » a adhéré à cette fondation pour le moment…

a la nantaise

Fin 2011, la fondation « Supporters Direct » a bénéficié d’un financement par la Commission européenne (DG Éducation & Culture) pour mener à bien une étude sur l’implantation de l’actionnariat populaire dans différents pays de l’Union européenne. Depuis mars 2012, ce projet intitulé « Amélioration de la gouvernance du football au travers de l’actionnariat populaire et de l’implication des supporters » a permis à neuf organisations européennes, dont « À la Nantaise », chapotées par Supporter Direct d’organiser des séminaires de formation. Le bénéfice de ces séminaires se traduit par l’édition en 2013 d’un recueil « Au cœur du jeu, pourquoi les supporters sont essentiels à l’amélioration de la gouvernance du football » et d’ « un guide de bonnes pratiques à l’intention des supporters du football français ». Ces documents constituent une base documentaire riche et complète pour tout groupe de supporters désireux de se lancer dans une aventure comme la notre. C’est ainsi que ces dernières semaines ont vu des groupes se former à Rouen et Toulon. La multiplication de ces groupes ne peut qu’être bénéfique à la réussite de nos projets respectits. Plus nous sommes, plus nous ferons entendre notre voix nationalement.

En juillet 2013, le secrétaire général de l’UEFA, M.Gianni Infantino, a réaffirmé lors du congrès de « Football Supporters Europe » (FSE) l’importance du dialogue permanent avec les supporters et le rôle que peuvent jouer ces derniers dans la gouvernance de leurs clubs.

« À un moment où la crise mondiale et le manque de discipline financière menacent la survie même de nombreux clubs de football, la participation des supporters offre une alternative crédible et durable pour le modèle actuel de propriété et de gouvernance des clubs. »

            Le parlement européen et le parlement français

Le 3 février 2012, le parlement européen réuni en session plénière a voté à une écrasante majorité (87 %) les amendements 45 et 238 au rapport Fisas sur la dimension européenne du sport Ce rapport, rédigé par l’eurodéputé espagnol Santiago Fisas, couvre un grand nombre de problématiques liées aux dérives du sport moderne, allant du dopage aux paris sportifs, en passant par la prévention de la violence et la protection des mineurs. À cela viennent notamment s’ajouter les deux amendements relatifs à la gouvernance du sport professionnel, rédigés par l’eurodéputé belge Ivo BELET et votés en marge du rapport Fisas :

Amendement 45

Considérant que la transparence et la responsabilité démocratique dans les clubs sportifs peuvent être améliorées grâce à la participation des supporters dans la propriété et la structure de gouvernance de leurs clubs.

Amendement 238

Demande aux États membres et aux organismes de tutelle du sport de promouvoir activement le rôle social et démocratique des amateurs de sport qui soutiennent les principes du franc jeu, en favorisant leur participation dans la propriété et les structures dirigeantes de leurs clubs.

parlement européen

En France, une mission parlementaire a rendu public, en juin 2013, un rapport sous le nom de « Rapport d’information sur le fair-play financier européen et son application au modèle économique des clubs de football professionnel français ». Ce rapport dresse un état des lieux du football français et propose toute une série de recommandations pour en améliorer l’aspect économique. Nos parlementaires mettent en évidence en France la fracture entre les clubs et les supporters et, par le biais de la recommandation 17, proposent un rapprochement structurel.

Recommandation 17

S’inspirer du modèle espagnol des « socios » et de la règle allemande dite « 50+1 » en encourageant l’acquisition de parts des clubs par les supporters, afin de mieux les associer à la vie et à la gestion des clubs et leur réserver une place dans les conseils d’administration.

Assemblée nationale

Tous ces indices, ces déclarations et écrits, nous confortent dans notre objectif, à savoir une meilleure implication des supporters dans la vie et la gestion de notre club. Notre club cher à un certain Michel PLATINI…

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